La Libre Volonté

Bhante Bodhidhamma 51:31 International Talks

Dans cette conférence en français, Bhante Bodhidhamma examine la question philosophique du libre arbitre à travers le prisme des enseignements du Bouddha. Il explore les trois positions philosophiques principales - fatalisme, libertarianisme et compatibilisme - avant de présenter la perspective bouddhiste unique basée sur la loi de "ceci et cela" (idappaccayatā).

Le talk couvre les cinq lois fondamentales qui gouvernent l'existence selon le bouddhisme : les lois de la chaleur (physique/chimie), des semences (génétique), de l'esprit (psychologie), du karma (loi morale), et spirituelle (les enseignements du Bouddha). Une attention particulière est portée au karma comme loi morale, distinguant les actions intentionnelles des circonstances données par la nature ou la génétique.

Plutôt que de se concentrer sur un libre arbitre absolu, Bhante Bodhidhamma propose que le discernement spirituel soit la clé - comme utiliser une carte pour naviguer vers notre destination spirituelle. Cette approche pratique offre une compréhension nuancée de la responsabilité personnelle tout en reconnaissant les conditions qui façonnent notre expérience, particulièrement pertinente pour la pratique méditative et la vie quotidienne.

Transcript

Namo Tassa Bhagavato Parahato Sama Sambuddhasa Namo Tassa Bhagavato Parahato Sama Sambuddhasa Namo Tassa Bhagavato Parahato

Hommage au Bouddha, le noble, bienheureux, pleinement éveillé de par lui-même.

Je ne me souviens pas de ce dont j'ai parlé l'an dernier, donc j'espère que cela ne va pas être une répétition. Je pense que je vais donc discuter de la question de la libre volonté.

D'une manière générale, il y a trois positions parmi les philosophes. D'un côté, il y a les fatalistes. Il n'y a aucune liberté dans la volonté. C'est une illusion de le penser et tout est conditionné d'après eux. Même au temps du Bouddha, il y avait un enseignant qui disait que si on allait d'un côté du Gange avec l'amour et la compassion, et de l'autre avec le meurtre et les mauvaises actions, cela ne ferait aucune différence. C'est une question de kamma. Tout était conditionné.

À l'extrémité opposée, il y avait des gens qui croyaient en la liberté totale de la volonté, le libre arbitre. On les appelait les libertariens. Jean-Paul Sartre était un libertarien, à mon avis. Il a dit que c'était une position philosophique. À chaque moment de conscience, vous avez le choix. Donc chaque moment vous offre la possibilité de faire une action selon votre libre arbitre. Mais il a dit aussi également que ce n'était pas faisable.

Donc il y a ces deux extrêmes et la plupart des gens sont entre les deux. On les appelle les compatibilistes. Un peu de conditionnement et un peu de libre arbitre en même temps.

Alors, comment le Bouddha pensait que les choses survenaient ? Il faut que nous revenions à ce qu'il appelait les lois basiques de la causalité. Souvenez-vous que le Bouddha ne se préoccupe que de la conscience humaine. Il ne s'intéresse qu'au monde que nous créons et expérimentons. Il ne se préoccupe pas de ce que nous appellerions le monde objectif scientifique.

Cette loi s'appelle la loi de ceci et cela. Donc quand cela est survenu dans le passé, alors ceci survient dans le présent. Quand cela n'est pas survenu dans le passé, alors ceci ne survient pas. C'est ce que nous comprenons en général sous le terme de causalité. Par exemple, chacun d'entre vous dans le passé a dû prendre la décision de venir à ce cours. Et vous voilà. Et si vous n'aviez pas pris cette décision, si vous aviez décidé de ne pas venir, alors vous ne seriez pas là. C'est plutôt simple.

Mais si l'univers était fondé sur ça, d'où alors vient la créativité ? Cela conduirait à penser un univers qui est très répétitif, n'est-ce pas ?

L'autre possibilité également, c'est parce que ceci est ici, alors ceci survient également, en même temps. Et si ceci n'est pas ici, alors cet autre ceci n'est pas là non plus. Ils sont liés mais ils surviennent en même temps ou pas.

Chacun d'entre vous a décidé, venant d'endroits différents du monde, de venir à cette retraite. Et quand vous êtes arrivés, et les autres aussi sont arrivés, vous personnellement, alors la retraite a pu commencer. Si pour une raison ou une autre vous étiez mort en chemin, alors cette retraite n'aurait pas pu avoir lieu. Et je serais très triste.

Si l'univers était gouverné par une relation d'immédiateté entre les différents phénomènes, on pourrait présumer qu'il y aurait une créativité énorme. Mais aucun ordre. Ce serait le chaos, n'est-ce pas ?

Quand on met ces deux phénomènes ensemble, on a une idée de comment les choses surviennent. Ça, ça s'appelle la loi du ceci et du cela. Idha paccayatā. Il faut le dire avec l'accent français, ça veut traduire. Sinon on ne peut pas le comprendre.

Le monde ne peut être ni prévu ni prévisible parce qu'il n'est pas complètement conditionné par le passé. Pas uniquement par le passé, il est aussi conditionné par ce qui se passe dans le présent. Donc le monde est conditionné à la fois par ce qui se passe dans le passé et à la fois par ce qui se passe dans le présent. Même si uniquement l'un d'entre vous n'était pas venu, alors ça aurait été juste une retraite un tout petit peu différente.

Au-dessus de cela, il y a ce qui est connu comme les cinq lois. Et ça, ça va très bien avec la manière dont nous voyons le monde.

Le premier, c'est la loi de la chaleur. Et ça, ça revient à notre physique et à notre chimie. C'est la loi de la chaleur, du feu, de l'énergie. Maintenant, quand on revient à notre kamma personnel, on ne peut pas dire que quelque chose qui survient de la nature est notre kamma personnel. Si vous marchez le long de la route et il y a un tremblement de terre, la terre s'ouvre et vous tombez dedans, on ne peut pas dire que c'est parce que vous avez, dans votre vie antérieure, tué tellement de poulets. On peut dire que, de manière évidente, cela fait partie d'un kamma plus général qui consistait à être né ou à passer à cet endroit à ce moment-là. Mais à mon avis, ce serait impossible de le connecter avec quelque chose que vous avez fait ou que vous n'avez pas fait.

Le second est bījāniyāma, qui signifie la loi des semences. La génétique. Donc, encore une fois, si quelqu'un est né avec une maladie génétique, on ne peut pas dire que c'est parce qu'il a fait quelque chose de terrible dans une vie antérieure, ou a échoué à faire ce qu'il aurait dû faire dans une vie antérieure. On sait que cela fait partie de notre histoire génétique. Donc ça, il faut le séparer du kamma personnel.

Il y a des gens qui disent qu'il y a une connexion entre les deux. Vous connaissez le Padre Pio, en Italie ? Un homme est venu le voir et lui a dit « Pourquoi suis-je devenu aveugle ? » alors qu'il était en train de se confesser. Et il lui a dit « C'est parce que vous avez battu votre père. » Peut-être qu'il avait eu un peu d'insight dans la vie personnelle de cette personne, de vision. Ce que nous faisons a des conséquences physiques. Mais connecter une maladie génétique avec quelque chose que nous avons fait dans le passé, cela est difficile.

La troisième, c'est la loi de l'esprit. C'est ce que nous appelons la psychologie. Et à travers toutes les psychologies individuelles, on peut en déduire une sociologie, comment les gens vivent ensemble.

Il y a certaines choses qui nous sont données. Nos sens. Si vous ne voyez pas la couleur, alors vous ne verrez pas la couleur de la même manière que les gens ordinaires la voient. Si vous êtes né sourd, alors il y a un niveau de communication qui est diminué par rapport aux gens qui ne le sont pas. Et même si vous avez uniquement des problèmes de surdité, que vous entendez mal, alors ce niveau de communication est plus bas. Et également votre capacité à mémoriser les choses, à les comprendre. Ça c'est aussi quelque chose qui nous est donné. On aimerait tous être des génies. Je n'ai jamais surmonté ma déception.

L'ensemble du processus de perception est donné. Juste la manière dont les yeux voient quelque chose et puis créent une photocopie dans l'esprit, une perception. Et puis comment avec une perception similaire on forme des concepts. Tout ça c'est donné. Ça c'est l'esprit. Cela inclut également le cœur, les sentiments, les ressentis. Même d'un point de vue génétique, la physicalité de notre nature est donnée.

Même la manière dont votre langue goûte la nourriture, elle le fait à sa manière particulière, elle ne va pas le faire de la même manière que quelqu'un d'autre. Et quand vous sentez quelque chose, par exemple le parfum d'une fleur, cela vous est spécifique. C'est une réaction chimique qui vous est propre. Peut-être que les gens seront d'accord, mais ce ne sera pas la même chose. Si vous voulez que les autres sentent la rose de la manière dont vous la sentez, alors il faut leur prêter votre nez. Donc vous pouvez voir que le monde que nous expérimentons est très individuel.

Le quatrième, c'est le kamma, la loi morale. On y reviendra.

Et le dernier, le cinquième, c'est la loi spirituelle. Je parlerai peut-être de cela de manière plus détaillée demain. Mais en ce qui concerne le bouddhisme, bien sûr, il s'agit des enseignements du Bouddha. Les quatre nobles vérités, le noble sentier octuple, l'interdépendance originelle.

Si on revient au kamma, le kamma c'est la loi morale entre les êtres humains. Je pense que le bouddhisme dirait entre tous les êtres vivants. Et même les animaux les plus évolués à coup sûr ont des attributs moraux. Lorsqu'une tigresse défend ses petits contre un mâle qui les attaque, elle le fera quitte à en mourir. Mais en général, elle arrive à chasser le mal. Mais pas sans blessures.

On peut être très scientifique à ce sujet. Parler d'hormones. Mais dans des termes bouddhistes, il y a un esprit. Et l'esprit n'est pas le corps. Il y a bien sûr des écrivains bouddhistes qui vont dire que le cerveau est l'esprit. Vous êtes peut-être tombé sur le livre qui s'appelle « L'esprit du Bouddha ». Et au début de ce livre ils disent très clairement oui il y a quelque chose de transcendant. Mais le cerveau et l'esprit. Ce n'est pas vrai d'après les enseignements du Bouddha. Je ne sais pas comment ils sont parvenus à cette conclusion. Mais des bouddhistes très séculiers croient cela.

Pour ceux que cela intéresse, il y a un très bon essai écrit par un philosophe qui dit qu'est-ce que ça fait d'être une chauve-souris ? La connexion entre la chimie intérieure, les impulsions électriques et le monde extérieur, on ne peut pas la démontrer. Et ce philosophe dit, c'est impossible de montrer ça. Mais c'est autre chose.

Kamma est cette loi morale fondamentale qui dit, si vous faites quelque chose avec un bon cœur, alors il en ressortira quelque chose de bon. Avec une bonne intention. Et si vous faites quelque chose avec une intention malhabile ou une intention non bénéfique alors quelque chose de non bénéfique en surviendra. Donc quand on fait quelque chose cela a un effet sur le monde là sur la matrice extérieure. Mais cela a aussi un effet sur la psychologie intérieure, sur la matrice intérieure.

Et le Bouddha dit que chaque chose commence avec une pensée. Chaque chose commence avec une pensée, puis une intention, et après on fait quelque chose. Et alors cette intention, elle a aussi un effet sur l'esprit, sur notre monde intérieur, sur notre vie intérieure.

Pendant ce week-end, il y a eu toutes ces manifestations contre le changement climatique. Et dans le monde entier. Il y a des gens qui sont si engagés qu'ils sont prêts à être arrêtés. Ce qu'ils espèrent, c'est qu'avec ces manifestations, de plus en plus de gens vont s'impliquer.

Le philosophe derrière le mouvement Extinction Rebellion, ou l'un d'entre eux en tous les cas, il dit qu'il suffit de 3,5% d'une population pour créer une révolution. Il a dit quelque chose du genre, s'il y a 3,5% de la population dans les rues, pour chaque personne dans la rue, il y en a 10 qui la soutiennent.

Alors maintenant, il y a quelqu'un qui se fait arrêter, qui prend une amende. Donc, il a une bonne intention et finalement, il récolte de la souffrance. Ça ne semble pas très juste.

Dans la loi du kamma, il est aussi compris que quelqu'un est prêt à faire des sacrifices pour les autres. Mais où va être le bénéfice ? Le bénéfice sera intérieur. Le sentiment de dignité. Qu'on a été en réalité fidèles à nos engagements personnels.

Cette histoire de kamma n'a rien à voir avec le bonheur au sens ordinaire de se sentir heureux. Il y a un bonheur qui est beaucoup plus profond que le bonheur émotionnel. Sinon, comment expliqueriez-vous les gens qui luttent pour la démocratie et finissent torturés ? Et ils savent que cela fait partie des choses possibles.

Il y a notre psychologie intérieure particulière, notre vie spirituelle intérieure particulière qui peut requérir de nous la souffrance. C'est quelque chose qui n'est pas très bien compris d'une manière ordinaire en Orient.

On avait un vieux monsieur qui, de manière habituelle, s'occupait du monastère, le nettoyait, balayait. Je crois qu'il était un comptable à la retraite. En tous les cas, c'était quelqu'un de très éduqué. Et un jour, je lui ai dit, mais pourquoi pensez-vous, à votre avis, quelle est l'explication au sujet du fait que Jésus-Christ a été crucifié ? Il a répondu, il a sans doute fait quelque chose d'épouvantable dans une de ses vies antérieures. Il n'y a rien à dire à cela. Donc le concept de souffrir pour le bénéfice des autres n'est pas répandu en Orient. Et ça, ce serait du kamma bon, positif.

Ils ont aussi une vue très fataliste du kamma. Et c'est particulièrement le cas dans l'hindouisme. En Orient, ils ont la tendance de voir les choses d'une manière beaucoup plus fataliste que nous.

Quand le tsunami a déferlé sur le Sri Lanka, beaucoup de gens sont morts, il y a eu beaucoup de destructions. J'ai entendu dire que des conseillers occidentaux sont allés là-bas pour aider à faire face au traumatisme, le syndrome post-traumatique. Et quand ils sont allés là-bas, ils n'ont pas vraiment trouvé des gens qui souffraient du syndrome post-traumatique. Parce qu'il y avait beaucoup plus d'acceptation du désastre. Soit c'était vu comme un kamma personnel, soit c'était l'impermanence, anicca.

Une partie des bénéfices de voir le monde d'un point de vue bouddhiste, c'est que cela nous évite des problèmes psychologiques terribles.

Et bien sûr, ce n'est pas parce que l'on fait quelque chose de merveilleux dans le monde que le monde le verra comme tel. Il y avait donc une société de bienfaisance dans une petite ville en Angleterre. Et ils envoyaient des vêtements en Afrique. Et en fait, ce qui s'est passé, c'est que d'un point de vue local, il y avait des gens qui faisaient les vêtements et en fait ils n'ont plus de travail. Et alors toute l'économie locale s'est effondrée. Donc en fait ils ont dû rapatrier leurs vêtements. Ou alors en tous les cas au moins arrêter d'en envoyer.

En fait, on ne sait pas quel va être l'effet d'une action parce qu'on ne connaît pas les circonstances de l'être des autres.

C'est la même chose avec l'idée d'accident. Par exemple, vous descendez les escaliers. Et vous loupez une marche. Et vous tombez et vous renversez le café partout. Et votre ami bouddhiste très proche vous dit tu devrais faire les choses avec plus de conscience, tu devrais être davantage en pleine conscience. Et tu veux l'étrangler.

Les accidents surviennent parce qu'on ne connaît pas les conditions.

Perhaps what happened was that when they looked at the stairs, there was perhaps some liquid on a step that made them slip. So actually it's something difficult to do, to connect something that happens to us with something from the past. It's better to see it just as a general law.

Generally speaking, when you do something good, then good things come from it, even if it's very small. And the reverse is true.

To show you how the law of kamma can become very absolute, there's a story that comes from the Dhammapada, and this story is told to children. There was a boat on the ocean. And although there was a lot of wind, the boat, the ship stopped. And the captain didn't understand why. He had a group of monks on board. He was very lucky because he had a group of monks on board. And so he asked them to find out why.

They went into a very deep meditation. And they discovered that the cause of all this was his wife. In her previous life, she had drowned many cats, etc. The only way to get the ship moving again was to throw the woman overboard. And that's what they did, the ship started sailing again.

If you're told this when you're a child, how will you see the world when something happens? So for me, it's still a bit more subtle than that.

So we come back to this question of free will. The Buddha said, everything is conditioned. Everything is conditioned by something else, by everything else. So in the conditioning of our mind and our society, then where does free will reside, so-called free will?

You can read other authors who perhaps have a slightly different understanding from mine. I think that if instead of focusing on free will, we go more towards the question of discernment, then we understand things better.

So remember, we always start from a position of delusion. And the very definition of delusion is that we don't know we're in delusion. We don't believe it.

So for example, if you had to take a walk from here to Bulle, and you don't know the way, then you take a map. And when you walk, you come to a fork. Then you look at your map. And thanks to the discernment that is allowed to you thanks to the map, you take the right path to arrive where you wish.

And if you don't have a map, then perhaps you're going to take the wrong path. And you arrive in front of a very big mountain. And you say to yourself, that's not Bulle. Then you turn around. And then you take the right path on the right.

So spiritually, we have a certain direction. From a spiritual point of view, we have a certain direction. If we follow the Buddhist path, the Buddha said that at the end of the path, there is liberation from suffering.

So we walk on this path, we arrive at a fork where we have to make a decision. Then we can consult the Buddhist teachings. We can understand them wrongly. We can think, I know the way. We can also say to ourselves, I know the path. And we arrive in front of the mountain. And we say to ourselves, ah, damn, that's not it. We turn around and then in this way, it helped us to discern which path we want to take and which path we must take to go there.

If a person has no direction, no place where they wish to go, they don't know where they're going. Any path will do. They will constantly be going back and forth and ending up in front of a mountain.

So what do you think? Do we have free will or do we have a tiny bit of choice? When we've decided on a direction, do we have a certain degree of free will once we've chosen a direction?

So now, you have that extra biscuit on the plate. And you have a problem. Are you going to take the path of liberation that you know very well? Or are you going to go to the mountain? You find yourself in front of the mountain.

So in a certain way, we have choice.

I can only hope that my words have been of some assistance. That I haven't caused even more confusion. And that you will be delivered from all your sufferings sooner rather than later.